Le temps des Grands Feux  

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Un peu partout dans les bourgs et les villages de la Province du Luxembourg, cette coutume venant du fond des âges subsiste et se maintient comme une fête réunissant autour des flammes d'un brasier, garçons et filles, jeunes et moins jeunes.

Pourquoi un "grand feu" qui s'anime et se produit la veille du Carême ?  Ses origines sont lointaines. Certains considèrent que le grand feu serait la survivance d'une coutume païenne. On n'oublie pas que l'église a souvent boudé cette tradition et a parfois tenté de la transformer ou de lui donner un aspect moins profane.

Évoquons quelques significations du grand feu, telles qu'elles sont perçues dans différentes régions.

Le feu purificateur

Depuis qu'il a été trouvé et domestiqué, le feu n'a cessé d'exercer sur les humains une séduction et une sorte de magie. On lui prête aussi des vertus purificatrices. "Souvent, il est de bon ton d'incendier un champ stérile et de livrer le chaume léger  à la flamme pétillante, soit que le feu communique à la terre une vertu secrète et des sucs plus abondants, soit qu'il purifie et assèche l'humidité superflue, soit qu'il ouvre les pores et canaux souterrains qui portent la sève aux racines des plantes nouvelles" écrivait Virgile dans "Les Géorgiques".

Dans la symbolique des grands feux, l'aspect purificateur se manifeste généralement dans le fait qu'une macrâle (sorcière) est hissée au sommet du tas de bois, branches et paille et est destinée à être sacrifiée au feu. Ceci pour faire disparaître avec elle, les maléfices et mauvais sorts. Dans certaines régions, le mannequin érigé en haut du bûcher était représenté par un bonhomme de neige qui personnifiait l'hiver finissant. Ailleurs, encore, le mannequin représentait les porteurs du mal que le feu devait brûler pour les châtier et en débarrasser le monde.

Les feux de l'amour  (non, non, il ne s'agit pas du feuilleton télévisé)

Les grands feux apparaissent aussi comme une flambée de l'amour. C'était, jadis, l'occasion de proclamer les projets de mariage. En beaucoup d'endroits, cette coutume s'appelait "saudages" (soudages). Tout cela donnait parfois lieu à trop de fantaisie et à des excès. Dès lors, il n'est pas étonnant que le clergé se soit opposé à ces pratiques.

Un mariage dans l'année

Les matériaux récoltés pour le grand feu (branchages, sapins, bottes de paille, déchets de bois...) sont amoncelés autour d'une grande perche dont la chute enflammée serait prémonitoire. Elle indiquerait la maison où il y aurait un mariage dans l'année. Un peu partout, le grand feu est allumé par les derniers mariés de l'année précédente, qui doivent généralement s'acquitter de certains gages. En fait, de tous les temps, cette fête des flammes s'est illustrée d'un aspect matrimonial.

Coutumes et dictons

Des superstitions entouraient autrefois le rite du grand feu. Ne pas y sacrifier, c'était s'exposer à d'importantes pertes matérielles dans l'année, surtout par incendie : "Si on ne fait pas le grand feu, le bon dieu en fait un dans l'année".

On en tirait aussi des prévisions météorologiques : "La direction du vent le jour du grand feu est celle qu'il prendra les trois quarts de l'année".

Et aussi des prédictions bienveillantes : "Si vous voyez 7 grands feux, vous serez heureux toute l'année".

La dégustation de crêpes à la farine de sarrasin est de mise le jour du grand feu. A certains endroits, manger ces crêpes est considéré comme une protection contre les guêpes, les mouches et les moustiques tout au long de l'année. Le rite du saut au-dessus du feu, réduit en cendres et braises, protège des maladies et maléfices. On faisait également traverser les braises par le bétail pour le protéger. De la cendrée du grand feu éparpillée aux quatre coins de la maison et des étables protégeait du feu pour toute l'année.

Quelles que soient les significations qu'on puisse encore lui donner actuellement, le grand feu conserve la vertu d'être une œuvre collective tant pour sa préparation que pendant la soirée où il flambe. C'est, pour les habitants du village, la communion à un même esprit, à une même fête, à une même paix.

 

         

                      

 

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